Les Portraits - Ophélie

November 5, 2026
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Les Portraits - Ophélie
Ophélie, directrice artistique et motion designer chez L’Imagerie.

Entre deux briefs et une boîte de feutres partagée avec ses enfants, Ophélie promène son regard aiguisé sur tout ce qui bouge. Directrice artistique et motion designer à L’Imagerie Films, elle imagine des univers graphiques sur mesure et leur donne vie à l’écran, avec toujours le même attachement au dessin brut et à l’authenticité de l’image.

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1. Est-ce que tu as un premier souvenir lié au dessin ou à l’image qui t’a donné envie d’en faire ton métier ?

Quand j’étais petite, j’ai passé quelques années chez mes grands-parents. Ma grand-mère était couturière pour de grandes maisons et réalisait des robes de mariée chez elle. Vers six ou sept ans, je me voyais déjà styliste : je squattais son atelier, je mettais un bazar monstre et je lui dessinais toutes les robes qu’elle devait confectionner ! Elle affichait mes dessins partout sur les murs.

En parallèle, mon grand-père me faisait reproduire les animaux des vieilles encyclopédies. C’est là que j’ai réalisé que c’était vraiment mon truc. J’étais la seule à dessiner dans la famille, mais comme ils voyaient que j’adorais ça, ils m’ont énormément encouragée.

2. Tu pratiques le modèle vivant à côté, alors qu’à l’agence tu travailles sur du motion design très digital. Comment relies-tu ces deux mondes ?

J’ai toujours eu ce réflexe d’observer et de croquer sur le vif. À Paris, je passais mes trajets de métro à dessiner discrètement les gens. C’est ce que je recherche en modèle vivant : capter une posture, une attitude en deux minutes, sans chercher le réalisme parfait.
Mon premier prof en prépa nous avait d’ailleurs fait dessiner de la main gauche dès le premier cours, pour nous décomplexer et casser ce réflexe d’étudiant perfectionniste.

Sur mes projets à l’agence, j’ai souvent besoin d’un bout de papier pour griffonner mes cadrages et mes idées de composition avant d’ouvrir After Effects. Pendant longtemps, on dessinait nos storyboards à la main avec Benjamin. C’était un superbe pont entre BD et croquis vivants.
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Aujourd’hui, les impératifs de temps et l’IA ont pris le relais sur certaines de ces étapes. Même si c’est logique pour le rythme de l’agence, continuer le dessin traditionnel le soir en atelier reste ma bulle d’oxygène indispensable, sans brief ni algorithme.

3. À L’Imagerie, tu as cette double casquette de direction artistique et de motion design. Concrètement, comment définis-tu ton rôle quand un projet arrive sur ta table ?

Mon rôle change complètement selon les besoins. Quand on part d’une feuille blanche sur un appel d’offres, je suis en pure direction artistique : Maël donne la direction et je conçois l’univers visuel.
Pour faire comprendre une idée, je prépare une « grosse salade » de références avec des moodboards, des textures et des intentions de cadrage, complétée aujourd’hui par l’IA pour prototyper rapidement des maquettes.

Ensuite, côté motion design, j’interviens de deux manières. Soit on est sur du 100 % animation, où l’on crée et anime chaque visuel de A à Z. Soit on travaille sur un film en prises de vues réelles et j’interviens en fin de chaîne pour habiller le montage : titrages, chartes graphiques, retouches et effets visuels invisibles…
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Aujourd’hui, on nous demande d’être complets : avoir une vision créative globale, tout en maîtrisant les outils pour la concrétiser.

4. En direction artistique, où vas-tu chercher tes inspirations et comment débloques-tu la page blanche ?

Je m’appuie sur une mémoire visuelle et des bibliothèques que j’alimente depuis dix ans sur Vimeo, Behance et Instagram.
Quand un projet arrive, je tire un fil d’une référence à une autre pour trouver l’image qui illustre mon idée : une dynamique dans un film, une palette de couleurs dans un autre… Il ne s’agit pas de copier, mais de piocher des fragments pour créer quelque chose de nouveau.
Et si ça coince, l’IA peut aussi aider à explorer d’autres pistes pour relancer la machine.

5. Qu’est-ce qui te procure le plus de satisfaction sur un projet de motion design et, à l’inverse, qu’est-ce qui peut te rendre dingue ?

Ma plus belle satisfaction : la validation directe, en « one-shot ». Quand le rendu est tellement fluide et naturel que le client a l’impression que ça s’est fait tout seul, c’est qu’on a visé juste dès la première intention.

Mes sueurs froides : le client qui change de brief en plein projet alors que l’animation est quasiment terminée. Ou le grand classique : découvrir au moment de la livraison qu’il faut décliner le film en quinze langues, alors qu’on a passé deux jours à animer chaque typographie à la main !
C’est le genre de surprise qui t’apprend à bien verrouiller ton brief dès le départ.

6. Entre les journées bien remplies à l’agence et le rythme du quotidien, quel est ton rituel pour recharger les batteries ?

Honnêtement, ce moment arrive rarement avant 22 h, quand les enfants sont couchés… Là, je peux me poser pour peindre un peu. J’ai d’ailleurs repris l’aquarelle récemment.
Depuis que je suis maman, j’optimise mon temps différemment. On apprécie mille fois plus ces petites bulles de calme volées au quotidien, tout comme les sorties tous ensemble.
Avoir des enfants, c’est adopter un nouveau point de vue sur tout ce qui nous entoure.

7. Avec deux enfants de 3 et 5 ans, à quoi ressemble le coin dessin à la maison ? Tu as essayé de leur expliquer ton travail ?

À leur âge, ils savent que je travaille, mais mon métier reste très abstrait. En revanche, ils ont parfaitement repéré mes tiroirs !
Quand on dessine ensemble, je deviens leur robot sur commande : ils me demandent mille trucs à la seconde, je trace les silhouettes et ils barbouillent par-dessus.
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Notre rituel le plus chouette reste le cahier de vie de l’école. Chaque mois, ils me racontent ce qu’ils ont vécu et je traduis leurs histoires en illustrations sur les pages blanches… avant qu’ils ne viennent rebarbouiller par-dessus, oui, encore !
C’est un vrai moment calme et partagé.

8. Pour conclure ce portrait : que peut-on te souhaiter pour la suite ?

Franchement, de continuer à progresser !
Le dessin crée un fil rouge évident entre mon métier, mon plaisir personnel et mes enfants. Dans le motion design, le rythme d’évolution est fou. À mes retours de congé maternité (six mois pour le premier, neuf pour la deuxième), j’avais l’impression d’avoir manqué des années.
La chance qu’on a à L’Imagerie, c’est qu’avec Tristan, Benjamin et Nico, on teste et se on partage tout directement.

Donc continuer à apprendre, continuer à dessiner… et m’accorder un peu de repos au milieu de tout ça !